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Bon, Jean-Jacques voulait
pas que j'appelle la rubrique "J'Aime Pas". Mais ici, en bon
pervers polymorphe, je vais beaucoup plus loin. Si "The Cinderella
Theory" est donc le premier de nos Indisqu'pensables, c'est qu'il
représente le disque de merde à vénérer par
excellence, d'une fascination à faire froid dans le dos. Clinton
avec trois métros de retard était en fait hyper en avance.
On parle quand même là d'un des géants de la musique
noire, la sienne étant en l'occurrence absolument unique, un funk
surréaliste et bordélique ouvert à toutes les expérimentations
et tous les délires. Avec "One Nation Under A Groove"
c'est le disque monumental et définitif, en 79.
Puis ce n'est que nouvelles sporadiques. On est dans les années
80. Mauvaise passe. Et puis trop de drogues. Et sans doute la fatigue
aussi. Vivant mais tout le monde s'en fout.
En 89, Prince, alors en fin de comète pourpre, le signe sur son
label. Et paye sa dette. Permettant à Clinton de sortir enfin un
disque dans des conditions décentes. Ce qui signifie également,
à l'époque et depuis, des contraintes inhérentes
à tout produit de consommation: il faut se mettre à la page,
séduire le jeune public.
Donc ça aurait pu donner un de ces disques de vieilles gloires
légendaires qui se compromettent dans les gimmicks de l'époque,
tel un Clapton produit par Phil Collins. Un de ces trucs horribles mais
au goût du jour. Et il y a un peu de ça: des facilités
dans les compositions, des ficelles et autres effets de manche, le recours
au fréquent au rap. Mais en même temps, on retrouve, au détour
de refrains distordus et décalés, la folie intrinsèque
aux oeuvres clintoniennes. Bien. Pas un grand disque mais l'honneur est
sauf et il faut bien vivre, en somme.
Mais Clinton va plus loin: la production n'est pas mainstream. Elle se
veut high-tech. Et, comme toujours avec le bon George, déconnante.
Des tonnes de machines sans âme annihilent, tuent, boursouflent
et anéantissent tous les bons côtés du disque, le
plombant avec rigidité en parfaits tue l'amours du swing, dans
un petit son ténu et grêle, vide, sous une rythmique pachydermique
et néanmoins rachitique en métronome monotone. Ca déconne
tellement, finalement, que le disque sonne déjà creux et
daté dès sa sortie. Alors aujourd'hui.... Et ça donne
quelque chose d'incomparable: Clinton tente de faire du Prince. Soit le
monde à l'envers.
Et c'est la force sournoise du disque: Clinton, en cette fin des années
80, préfigure tout ce qui va nous tomber dessus, tout comme, en
somme, il avait par le passé enfanté le rap, la techno,
l'electro et j'en passe à coups de manifestes soniques publiés
tout au long des seventies. Et si les années 80 étaient
mauvaises, elles avaient le mérite d'exister. En 89, il est minuit
et Cendrillon redevient citrouille. Et le Prince n'y pourra rien: des
années 90 vides de sens, exsangues, d'où rien n'émane
et qui s'acheminent jusqu'à nos actuelles et si bien nommées
années 00....
Car après ce disque, qu'a-t-on eu ? Le Velvet Underground en première
partie de U2, le rap synonyme de cover, MC Solaar en Gainsbourg moderne
(Ophélie, pauvre mix improbable de Birkin et Bardot), le rhythm'n'blues
mué en R&B pour rien de bon, La France championne du monde
de football (!?), la réalité à la télé
(re-!?), Hendrix remasterisé (ah, ah) sonnant comme les Red Hot
Chili Peppers, le retour de la musique progressive, des stars instantanées
qui le sont sans rien faire et surtout pas quelque chose d'"artistique",
Ozzy en famille tous les jours à la télé, de la rébellion
vendue en bermudas et batterie recentrée, Josiane Balasko qui fait
de bons films (non là, je déconne), bref du non-sens, du
non-sens, encore du non-sens. Imagine-t-on Elvis singeant Springsteen
ou les Beatles ? Mick Jagger se prenant pour Costello ?
Dès le disque suivant, Clinton pousse encore plus le bouchon: entouré
d'une débauche d'invités prestigieux venus l'honorer et
payer leur tribut, avec un rap plus omniprésent que jamais, il
va jusqu'à sampler ses anciens disques! Moins de charme cependant,
le décalage est par trop évident et systématique.
Clinton imite ceux-là même qui l'ont imité. Curieux
revers. C'est finalement ça ou faire chier son monde jusqu'au comme
Zappa. C'est aussi le come-back de Michael Jackson l'an dernier et qui
s'en souvient ? C'est les White Stripes véritablement de Detroit
à défaut d'être vraiment destroy.
Une dernière chose: lors de la tournée qui suivit la sortie
de cet album, sur scène, pendant 3 heures 30, Clinton et sa troupe
fera un concert tuant et génial à Bobigny, convoquant un
funk rageur et orgasmique, salvateur. Sans jouer aucun titre de ce disque....
C'est pas que j'aime pas, Jean-Jacques. C'est juste que j'aime pas qu'on
se foute de nos gueules. Bravo, George, tu avais tout prévu. Et
tu nous avais prévenus. La théorie de Cendrillon, on est
en plein dedans; il est minuit passé.

Ben kennedy.
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