LIFT TO EXPERIENCE
"THE TEXAS JERUSALEM CROSSROADS"
Alors voilà: Jean-Jacques est tombé sur un disque affolant
qu'il
métaphore chez lui plus souvent qu'à son tour. Ca lui plaisait
tellement qu'il me demande d'écrire dessus. Non franchement, c'est que
ça vaut le coup.
Au début j'ai eu peur. Et s'il me refile un disque de Pleymo, qu'est-ce
que je vais bien pouvoir dire, moi? Surtout que j'avais décidé
du
parler du "Rainbow Bridge Concert" de Jimi Hendrix, cadeau du ciel
de
Hawaï qui était venu illuminer notre Noël. Avec Mitch Mitchell
derrière
les fûts et Billy Cox à la basse, Jimi donna deux shows trépidants
ce
30 juillet 1970. Gavé d'électricité contrôlée
et proche de la plus pure
frénésie, sa guitare enflamme les deux disques et ce malgré
un son
moyen (assez sourd) et une pochette dégueulasse dont même Prince
ne
voudrait pas. Totalement inédits, ces enregistrements revigorent plus
sûrement que le dernier truc à la mode et, comme d'hab', la guitare
de
Jimi met le feu et se montre la plus virevoltante et la plus expressive
qu'il ait été donné d'entendre.
Alors bon, Jean-Jacques me refile le disque et c'est pas peu dire que
j'étais méfiant. J'avais déjà entendu ce groupe
chez un copain et il
m'avait pourtant laissé une bonne impression. Mais bon: Hendrix, quand
même, merde!
Lift To Experience. C'est le nom du groupe. Un double CD. Sur la
pochette, ils sont trois et nous plongent d'emblée dans une ambiance
white trash à rendre jaloux Harry Crews. Et puis ils ont des tronches
qui font ressembler Motörhead à Bon Jovi et donc dès lors,
cela semble
tout de même bien parti. Surtout que les trios, ça ne triche pas.
Ca
passe ou ça casse.
On met le disque et on se retrouve embarqué dans un long voyage, les
morceaux de l'album formant comme une suite s'enchaînant sans heurt,
variation sur le même thème. Direction l'univers plutôt habité
de Josh
Pearson, le leader du combo.
Habité car autour d'un concept bien fumeux à base d'apocalypse,
de
jugement dernier, de terre promise et de rédemption, le tout se
déroulant au Texas, Pearson débite ses textes bibliques comme
un
prédicateur qui aurait donc vu Dieu et ne s'en serait pas remis, décidé
à répandre la bonne parole et à convertir.

Ce disque sonne comme un long prêche, un rock mystique à deux doigts
de
l'extase, voix d'ange déchu évoquant les Buckley père et
fils mais sans
démonstration technique. Ca vient plus du fond du coeur et des tripes,
convaincu qu'est notre homme de la vérité de son message.
Avec des accointances Velvet Underground et, justement, l'Experience de
Jimi Hendrix, art du trio rock porté à son paroxysme, Lift To
Experience rejoint ces grands tourmentés à la vision unique et
déchiré
que furent Jeffrey Lee Pierce avec son Gun Club et Nick Cave. Le tout
évoque aussi furieusement My Bloody Valentine par son inclassable
allant sonore définitif.
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Tout ça pourrait
paraître bien daté mais le groupe joue comme il respire, concerné, impliqué, et le disque sonne fort et intemporel, double album à l'ancienne et non 2 h 30 min de boum boum mécanique. Cela fait même plaisir à entendre en ces temps de produits robotisés garantis sans tâche et formatés sans honte. Voilà des gens qui créent, qui jouent ce dont ils ont envie et qui n'ont pas l'air de vouloir |
faire la moindre concession
aux business. Pour un peu, "The Texas
Jerusalem Crossroads" redonnerait la foi. Des disques de cet acabit, on
en redemande.
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En supposant qu'ils
fassent aussi fort pour le prochain, voire encore
mieux, je suggère qu'un Dominique Tarlé se joigne à eux pendant l'enregistrement pour nous sortir ensuite, 30 ans après, un livre magnifique de photos évangéliques, icônes en noir et blanc |
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immortalisant ces instants
qu'on devine intenses. Et dans ce cas, Lift
To Experience pourra entrer dans l'histoire. Croisons les doigts, ce
sera toujours ça de fait, pauvres athées que nous sommes. A vrai
dire,
ce disque m'a fait devenir agnostique. La foi pour le prochain? Putain,
Jean-Jacques, t'exagères, me refiler des disques pareils qui vous
entraînent illico à l'église....
Lift To Experience: une vraie révélation.
Amen.
Ben Kennedy.